BIO
Roxane Gouguenheim est une artiste plasticienne française née en Bretagne. Elle a fait ses études en Cinéma à l’Université Panthéon-Sorbonne ainsi que des recherches doctorales à Tokyo puis a obtenu un diplôme en design et stylisme de mode orienté vers la recherche et la création de matières. Profondément traversée par les puissances de l’image cinéma et les textes d’Esthétique, de phénoménologie ainsi que les spiritualités, son travail met en rapport les questionnements d’appartenances et de luttes, de hiérarchies et de territoires dans un travail de texture très frontal, en développement constant à travers un grand nombre de médiums: peinture à l’huile, manipulations virtuelles, prélèvement et construction audio-visuelles, performance, installations immersives, dessin et musique expérimentale.
A partir d’un protocole très strict de production sérielle chaque format toile réalisé à l’huile et attaqué dans sa masse par des outils de chantier.
Ces toiles monochromes fonctionnent comme des matrices d’où naîtront les œuvres de la série(prélèvement sonore, plastique, dérivation digitale des toiles, etc...)et la promesse d’effondrement de son propre système. Elles deviennent la source de captations sonores, mémorielles, spirituelles qui se prolongent par la production de morceaux/vidéos expérimentaux, la trame de détournements digitaux aux chromatismes subvertis, s’observant les uns les autres pour penser et se confronter.
Ce travail permet de s’inscrire dans une notion héritée du cinéma expérimental de «mauvais film», en provoquant une mal-technicité des médiums mettant en valeur les flux économiques qui construisent, structurent et arment les images. Une image, sous quelque forme que ce soit, est une arme dont il s’agit ici de comprendre la source première, circulant d’hypostases en effacements permanents.
Le travail de Roxane Gouguenheim se présente donc comme une recherche transversale sur les structures de pouvoir internes des œuvres à travers leur production tant au niveau plastique que philosophique et économique. Le travail de matière est ce qui attire immédiatement l’œil du spectateur. L’apparente maîtrise des matériaux laisse planer le doute sur leur origine et instaure l’image-écran qui permettra au travail de mettre en place une stratégie de contamination scopique. Le faire est un des axes principaux, la technique est volontairement conceptualisée, à rebours des prescriptions académiques, de l’ordonnancement euclidien et des industries de production. Ainsi le choix des outils comme celui des armes devient central, les brosses en métal diverses destinées à soustraire les signes du temps, de l’usure, à balayer, les supports à protéger le beau, l’important des souillures de substrats pauvres sont les marqueurs et les mémoires. A partir des matériaux détournés les œuvres se produisent et se génèrent dans un flux heurté par les problématiques de technicité, d’impossibilité de transmission, de temps, de mémoire/oubli et de légitimité. C’est aussi une partie des incarnations absentes qui s’insinuent silencieusement dans les œuvres rendant par là-même un hommage pudique et symbolique à ceux qui n’ont pas eu de place dans les mémoires.
Habitée par la synesthésie dont elle fait l’expérience depuis l’enfance, l’expérience sonore est intrinsèquement liée à l’expérience visuelle et haptique. Toutes les fréquences se brouillent, s’entre-choquent dans un écho aux correspondances dissonantes. Empruntant au lexique de la musique concrète et contemporaine, Roxane Gouguenheim explore les potentialités plastiques et spatialisantes provenant tout autant de Iannis Xenakis, Pierre Schaeffer, Pierre Boulez que de Frank Bretschneider, Alva Noto, Einstürzende Neubauten, Nine Inch Nails ou Genesis P-Oridge.
Les connexions sont ainsi établies de manière inattendues empruntant aux dé-constructions séminales des scènes undergrounds et expérimentales, artistiques et musicales (dès la musique concrète, expérimentale, industrielle, noise...) dans une esthétique de l’archaïsme, du détournement et du piratage des techniques formatées par les tenants des hiérarchies institutionnelles. Ici tout vibre, tout mute, tout se positionne et se revendique comme support, source et erreur.